La critique de la raison pure

Emmanuel Kant

Cette œuvre fait partie d'une série de trois œuvres souvent appelée « les trois critiques » :

  • la critique de la raison pure,
  • la critique de la raison pratique,
  • la critique de la faculté de juger.

Je trouve cette catégorisation intéressante. J'ai lu le premier livre.

J'ai lu une version numérique faite à partir de l'édition Felix ALCAN de 1905. J'ai obtenu cette version numérique auprès du site web de la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

Emmanuel Kant

Critique

Je ne saurais faire une véritable critique, digne de ce nom, j'en suis bien incapable. Je ferai simplement quelques commentaires, inévitablement subjectifs, dans le seul but de donner au lecteur l'envie de lire l’œuvre.

 

Antinomies

Kant nous indique quatre ou cinq questions dont les réponses sont auto-contradictoires (ni la thèse ni l'anti-thèse ne sont acceptables), parlant d'antinomie :

 
  • le monde a-t-il eu un début (dans le temps) ?
 
  • le monde est-il limité dans l'espace ou sans limite ? Kant considère ces deux questions comme des variantes d'une même question,
 
  • toutes les choses ou phénomènes ont-ils une cause, et ceci de façon illimité (cause de la cause, etc. ) ou existe-t-il une chose ou un phénomène primordial, absolument inconditionné, cause de tous les autres ?
 
  • existe-t-il un être absolument nécessaire (Dieu) qui n'aurait aucune cause ? Cette question me semble une variante de la précédente,
 
  • toutes les choses sont-elles constituées de parties indéfiniment sécables ou existe-t-il des atomes insécables ? (Kant n'utilise pas cette expression, je l'emprunte aux philosophes de l'antiquité)

Par exemple, en ce qui concerne les limites du monde (de l'univers) : s'il était limité, de quoi serait constitué ses limites, ses bords ? De « rien », puisque tout ce qui existe est contenu dans l'univers. L'univers étant le contenant de toute chose, rien ne peut donc se trouver à l'extérieur, qui constituerait son bord.

L’univers serait donc bordé par rien, ce qui « ne se conçoit pas ». Kant en déduit que ce n'est pas possible : ce qui ne peut être conçu, ce qui est inaccessible à l'entendement, ne peut donc exister? (la question est de moi).

Kant aboutit à un paradoxe similaire à propos de l'origine des temps : si l'univers a eu un début, il aurait été précédé de « rien », or « rien » ne peut donner naissance à quelque chose (cela « ne se conçoit pas »).

 

Principe régulateur de la raison

Si j'ai bien compris, ce principe énoncerait qu'il n'existe pas d'inconditionné absolument nécessaire, qu'on peut rechercher indéfiniment les causes de toutes choses. Après avoir exposé ce thème comme un paradoxe (ni la thèse ni l'antithèse n'étant vrais), Kant prend position quelques chapitres plus loin pour le conditionnement illimité (l'expression est de moi).

Il s'agit bien d'un nombre indéfini de causes (en ayant trouvé un certain nombre, je peux toujours en trouver d'autres, aussi grand que soit ce nombre), et non d'un nombre infiniment grand de causes, précise Kant. Pour un mathématicien, la nuance est inexistante (note de moi).

 

Idéalisme transcendantal

Je recopie le texte de Kant, page 429 de l'édition papier (page 464 du livre numérique) :

" ... tout ce qui est intuitionné dans l'espace ou dans le temps, par suite tous les objets d'une expérience possible pour nous, ne sont pas autre chose que des phénomènes, c'est-à-dire de simples représentations, qui, en tant que nous nous les représentons comme des êtres étendus ou des séries de changements, n'ont pas, en dehors de nos pensées, d'existence fondée en soi."

Le réalisme transcendantal, lui, pousuit Kant en substance, rend ces choses existantes par elles-mêmes, et convertit par conséquent de simples représentations en choses existantes en soi.

 

Infini

A un moment, Kant dit que rien ne saurait être infini, car « infini » signifie « non terminé ». Or, quelque chose qui est donné en soi, comme par exemple l'univers, est terminé et donc ne saurait être infini. Pour moi, ça me semble quand même un simple jeu de mot.

 

Causalité et liberté

Si tous les phénomènes ont une cause, alors il n'y a pas de liberté : rien ne peut arriver qui ne soit causé par quelque chose d'autre. Kant dit que si les phénomènes ne sont pas des choses en soi mais de simples représentations qui s’enchaînent suivant des lois empiriques, alors ce problème est levé : certains phénomènes peuvent très bien être spontanés et donc la liberté existe.

 

Action primitive intelligible

Au début d'un enchaînement de causes, donc à l'origine de cette dernière, il peut exister une action primitive intelligible. Kant appelle intelligible un objet des sens qui n'est pas lui-même phénomène.

 

Possibilité d'une nature non anthropologique de la liberté

Je cite :

"la raison est la condition permanente de tous les actes volontaires par lesquels l'homme se manifeste."

Si je reformule : ce serait cette condition permanente qui déterminerait la volonté, et donc, notamment, la culpabilité (responsabilité) d'un criminel. Si on pouvait remonter indéfiniment aux causes de nos actes sans rencontrer cette condition permanente, il n'y aurait aucune culpabilité ni responsabilité individuelle possible.

 

Idéal

L'idéal est un prototype, une notion limite, qui sert de modèle à la copie, qu'on essaie d'atteindre mais qu'on atteint jamais.

 

Idéal de la raison pure

  C'est la donné (virtuelle, car elle est infinie, ou plutôt sans limite) de tous les prédicats possibles à propos d'une chose donnée, et de leur caractère de vérité (le prédicat est vrai ou faux) par rapport à cette chose. La donnée intégrale de cette liste, qu'on ne peut évidemment établir qu'en pensée (on peut la dresser), constitue ce qu'on appelle un idéal de la raison pure.

 

L'Être Suprême

L'Être Suprême, comme principe fondamental de toute chose, [s'Il existe,] existe d'une manière absolument nécessaire. C'est-à-dire qu'il ne faut En chercher aucune cause.

 

Preuves de l'existence de Dieu ?

 

Il n'y aurait que trois preuves envisageables de l'existence de Dieu :

 
  •  

la preuve physico-théologique : on recherche toutes les causes de tout, jusqu'à ce qu'on arrive à l'inconditionné suprême,

 
  •  

la preuve cosmologique : même chose mais "en partant d'une expérience indéterminée, c'est-à-dire d'une existence quelconque" (?),

 
  •  
la preuve ontologique : par un raisonnement a priori.
 

Les deux premières voies seraient qualifiées d'empiriques, la troisième de transcendantale ou d'ontologique.

 

Preuve ontologique

 

Kant dit ensuite qu'il est impossible de faire la preuve ontologique (ou transcendantale), car l'existence de Dieu, par cette preuve, est conditionnée par sa propre définition. L'existence de Dieu est donc, par ce biais, indécidable (le terme est de moi, et est « moderne »).

 

Preuve cosmologique

 

En ce qui concerne la preuve cosmologique, on pourrait la faire de façon générique (le terme est de moi) : au lieu de partir de toute existence possible, on dit : « étant donné que quelque chose peut exister, alors il existe un être absolument nécessaire ».
Or ce subterfuge (que j'ai appelé la façon générique), revient sans le dire à faire la preuve ontologique. Donc par ce biais aussi, l'existence de Dieu est indécidable.

 

Vanité des raisonnements hors de l'expérience possible

L'emploi du terme « vanité » dans ce contexte est de moi. Les raisonnements tentés au-delà du champ de l'expérience possible seraient trompeurs et sans fondement.

Les idées transcendantales « ne produisent » [donc] « qu'une simple et inévitable apparence, » [dont on peut à peine écarter l'illusion] « au moyen de la plus pénétrante critique » (les termes entre crochets sont des parties reformulées par moi, les termes entre guillemets sont des citations textuelles de Kant).

Les idées transcendantales servent tout de même à régenter la raison. On ne peut trouver dans la nature d'eau vraiment pure, et donc ce concept (transcendantal) ne fait pas partie du champ de l'expérience possible. Cependant nous avons besoin de ce concept pour raisonner, en l’occurrence pour bâtir des théories scientifiques (toute la phrase est de moi, j'ai reformulé le texte de Kant).

Kant dit, plus loin, que, plutôt que du recours aux idées transcendantales, c'est de son excès qu'il faut se méfier.

 

L'économie des principes

Kant rappelle ce principe qui est fondamental dans la démarche scientifique. Le plus grand nombre de choses possible doit être démontré à partir des principes, qui eux sont posés arbitrairement, et doivent être en plus faible nombre possible.

Or Kant pense que cette loi régit non seulement le raisonnement humain (scientifique), mais que c'est aussi une loi de la nature : « l'économie des principes n'est pas seulement un principe d'économie de la raison, mais encore une loi interne de la nature ». Ce en quoi je pense qu'il s'avance beaucoup. Or ceci est dit en fin de paragraphe, comme une chose établie, pour appuyer d'autres idées.

Kant dit pratiquement [que la complexité de la nature la rendrait inaccessible à l'entendement et donc qu'elle est forcément simple car elle doit être accessible à l'entendement] (je reformule).

 

Nécessité de la contrainte légale

Citation textuelle :
« Les disputes interminables d'une raison simplement dogmatique nous obligent elles-mêmes à chercher enfin le repos dans une critique de cette raison même et dans une législation qui s'y fonde.

Ainsi que HOBBES l'affirme, l'état de nature est un état d'injustice et de violence, et l'on doit nécessairement le quitter pour se soumettre à une contrainte légale, qui ne limite notre liberté que pour la rendre compatible avec la liberté d'autrui et, par là même, avec le bien public. »

 

Existence de Dieu

Kant revient là dessus, en défendant, cette fois, la thèse déiste. Il ne faudrait pas rechercher une preuve in concreto de Dieu, car Il n'est pas « de cette nature ». Il ne faudrait pas non plus rechercher une preuve « en essence » (l'expression est de moi, je ne me souviens plus de l'expression de Kant, peut-être « une preuve transcendantale »), car Dieu n'est pas « de cette nature ». Dieu, [s'il existe,] est en dehors du monde (de l'univers) puisqu'il en est le créateur.

Et Kant s'arrête là. Ne pouvant trouver de ces deux sortes de preuve, il en déduit qu'on ne peut en trouver d'autre sorte.

Il aborde la question de Dieu de façon scientifique, tout en disant qu'il ne faudrait pas procéder de cette façon, et donc, invalidant son raisonnement, il en déduit… que Dieu existe.

 

Ce que j'en pense

Moi j'irais plus loin : Dieu n'existe ni in concreto, ni « en essence », mais in spiritu (sanctu). Foi d’athée. Kant ne parle jamais du spirituel.

Dieu est une question de foi, de conviction personnelle, fondamentalement subjective, et ne doit pas être envisagé avec une méthode scientifique. Donc je suis d'accord avec Kant sur ce point, mais j'arrive à la conclusion inverse.

Je dirais que :
« si tu veux que Dieu existe, en Lui tu croiras » , c'est tout.