Les Thibault

Roger Martin du Gard

Petite saga en trois volumes, en tout cas dans l’édition Folio :

  • premier volume : l’agonie du père,
  • deuxième volume : le rêve (révolutionnaire, anti-militariste) du fils cadet, fougueux,
  • troisième volume : le fils ainé, sérieux, qui a bien tourné, médecin de renom, mais ypérité en 14 : ce volume se termine par le récit de son agonie.

Le tout se passant dans les années dix, comme on ne les appelle pas, puisqu’on dit toujours « La Grande Guerre ».

Le père, un notable fortuné, fondateur d’un hospice, expire en même temps que le siècle précédent. Pendant ce temps : crise d’adolescence du fils cadet, et histoires d’amour et carrière (de médecin) pour l’aîné.

Il y a une digression sur une autre famille : celle du meilleur ami d’enfance de Jacques Thibault, le fils cadet.

Lorsque, au cours du deuxième volume, nous vivons le combat révolutionnaire et pacifiste du cadet, on a l’impression d’avoir changé de roman, d’être passé dans un roman d’aventure. Qui se termine dans les tranchées.

Au cours du troisième tome, on se demande si la guerre va éclater. Ce n’est pas possible, « ils » ne vont pas envoyer s’entre-tuer des gens du peuple, pour défendre leurs intérêts financiers ou grandir leur rôle politique. Les gens ne vont pas marcher. Et puis soudain Jean Jaurès, le chantre de cet espoir, est assassiné. Et tout le monde « vire » au patriotisme, voire au mépris, du pays d’en face, qui devient ainsi un ennemi.

Comme le fils aîné est médecin, on a droit à beaucoup de détails médicaux, notamment dans le premier et le troisième tome. Ce qui fait de ce roman, un de ces romans « de médecin », comme je les déteste, comme ceux de Cronin, par exemple. Dans le premier tome, s’ajoute un coté macabre, plutôt pénible.

Il y a une certaine ampleur, à cette saga, cette fresque, une certaine profondeur, qui font que je vous en recommande tout de même la lecture, mais dire qu’il s’agisse d’un roman passionnant, est beaucoup dire.

Erratum 1 : le feu de brousse

Le personnage de Gise est probablement une métisse d’Afrique. A un moment, elle est en train de ranimer le feu dans la cheminée. L’auteur décrit les reflets des flammes dans ses yeux et sur sa peau, et cela lui fait penser à une africaine devant un « feu de brousse ». Il ne semble pas savoir que cette expression désigne non pas le feu qu’on fait pour faire la cuisine, fût-ce en Afrique, mais un incendie.

Erratum 2 : les cellules vivantes

Au cours de ces nombreux cours de médecine, auquel l’auteur se livre dans ce roman, il parle à un moment de tel traitement qui, au lieu de s’attaquer aux cellules malignes, s’en prend au « cellules vivantes ». Je suppose qu’il voulait dire, et qu’il aurait dû écrire « cellules saines ».