L'Utopie

Thomas More

L'Utopie, avec une majuscule, désigne un pays imaginaire, et non pas la doctrine ou courant de pensée que cette œuvre va inspirer dans les siècles qui vont suivre. De la même façon que les « Lettres persanes » de Montesquieu, ce n'est pas un roman ni un conte, mais plutôt, sur un mode narratif, comme une thèse philosophique, sociologique ou politique.

Thomas More écrit ce livre, en latin, au XVIième siècle.

Le narrateur entreprend une conversation avec un personnage, dont le monologue va finalement occuper la presque totalité du livre. Ce dernier est donc un « narrateur de seconde main », en quelque sorte.

Je dis ceci afin d'éviter de dire « Thomas More pense que … », puisqu'il s'agit en principe d'un personnage, fût-il pratiquement le seul, le « vrai narrateur », celui qui parle à la première personne, parlant très peu.

Pour simplifier je vais quand même dire « Thomas pense que... », car nous ne sommes pas « dupes », en quelque sorte, et je ne vais pas passer mon temps à expliquer la raison de ce double « je », courant dans les écrits à la première personne. C'est de la technique littéraire, ce n'est pas primordiale.

Thomas More pense que si, dans la société, nous disposions en abondance des choses de première nécessité, il n'y aurait pas de vol, les gens ne seraient pas tentés de voler.

Pour accéder à cette abondance, ou plutôt pour éviter ce manque des choses vitales, il est nécessaire, sinon suffisant, d'abolir la propriété privée, en tout cas que personne ne puisse être propriétaire des choses vitales, devenant ainsi le seul fournisseur, détenant ainsi un pouvoir sur les gens, qui n'a pas lieu d'être.

Cette pensée sera résumée, pour ne pas dire réduite, par la phrase de Karl Marx : « la propriété c'est le vol », que je ne comprends vraiment qu'en lisant Thomas More.

Mais c'est oublier la cupidité de gens. Au cours du XXième siècle, nous avons eu cette abondance, et cela n'a pas empêché une petite partie de l'humanité de voler l'autre. Cette abondance, au profit d'une minorité, s'est faite au dépends de la majorité de l'humanité. Pour aboutir au XXIième siècle à l'épuisement des ressources vitales.

Ce livre est un pilier de la pensée politique, ou des courants politiques, qui vont suivre.

Évidemment il faut faire abstraction des « nécessités » de l'époque de l'auteur, comme celle d'avoir des esclaves, ou encore de punir de mort tel écart aux lois du système.